31/07/2008Bientôt...
... très bientôt. Le regard.Suite à la sollicitation, parvenue jusqu'à moi du fond des limbes, de feue Cagola2000, je vais essayer de parler de la scène du regard entre les deux femmes, dans les Citronniers.
Dans mon article précédent, je parlais de celle du baiser, qui m'avait littéralement coupé le souffle. Je ne voulais pas réduire le film à cette seule scène. Mais comment ne pas en parler distinctement du reste à partir du moment où justement, le réalisateur l'a volontairement découpée pour la faire surgir, telle une bulle encore merveilleuse dans un monde qui s'écroule, au-delà de tout?
La scène du regard entre les deux femmes (la Palestinienne qui se bat pour sauver le verger de citronniers qu'elle a hérité de son père, pour dépasser les préjugés de sa société et l'Israëlienne, épouse d'un tout nouveau ministre de la défense, qui tente de son côté de rester elle-même au milieu de ce fatras insensé de raisons d'Etat et de jeux de puissance) est, elle, au coeur du film. Ce n'est pas une respiration, ce n'est pas une échappée, contrairement au baiser si joliment surexposé, c'est tout le sens du film.
En effet, ces deux femmes ne se voient presque pas, elles ne s'aperçoivent que parfois, dans des scènes d'une tension incroyable. Elles tentent, toutes les deux, à leur façon, de se rapprocher l'une de l'autre. Mais n'y arrivent pas vraiment. Toujours quelque chose au-dessus d'elles les en empêche et les contraint de rester séparées et muettes.
On sent pourtant que ce regard est plus fort que tout. Et qu'il surnage au milieu de tout ça. Il apparaît, ébauché, à quelques reprises, depuis la vitre voilée d'une fenêtre, derrière les barbelés d'une clôture, entre les branches d'un citronnier surchargé de fruits qui pourrissent peu à peu... Il se tend. Puis s'écroule. Pour se tendre encore.
Jusqu'à cette scène fabuleuse qui se déroule dans une des salles de la Cour Suprême à Jérusalem. Salma, la Palestinienne, s'est fardée pour venir, malgré les injonctions des hommes de son village qui le lui ont interdit, elle est belle, elle apparaît si forte. Mira, l'Israëlienne, est venue elle aussi pour assister à l'audience, contre l'avis de son mari, contre la raison d'Etat, fière et droite, pour enfin rencontrer sa voisine.
Et là, au milieu des journalistes, des flasches et des avocats, elles se retrouvent face à face. Et il n'y a plus qu'elles deux. Leurs deux corps tendus qui ne se touchent pas. Et leurs deux regards qui plongent l'un en l'autre. Aucun mot. Rien. Seulement deux longs, immenses, splendides regards au fond desquels tout se résout, tout se dissout. 30/07/2008Le baiser.Ils sont proches à se frôler. Côte à côte dans cette pièce si petite et si grise. Ils ne bougent presque plus, ne parlent presque plus.
Elle, a ce regard digne et dur des femmes qui ont souffert et sont restées longtemps seules à écouter les loups au-dehors. Elle a ôté son foulard et libéré ses cheveux noirs et fins. Ses mains, son visage, son cou ont le grain affolé des peaux griffées qui ont survécu au soleil et aux coups de la vie. Ses yeux sont deux poissons hésitants.
Lui, rayonne de toute sa beauté de presque trentenaire. Sa barbe mal taillée, ses yeux cernés par les nuits d'étude, son visage en train de commencer de vieillir... tout cela lui donne l'allure d'un demi-dieu oublié sur Terre, ou ayant décidé d'y rester. Pour elle.
Leurs visages sont face à face, dans une proximité assourdissante.
Il va parler mais elle dit simplement:
"Ne disons pas quelque chose que nous pourrions regretter".
Alors ils s'embrassent. Et le champ, lui, s'embrase d'une lumière jaune et forte de projecteur. Leurs langues se mêlent lentement. On entend leurs salives se parler. Leur surexposition est absolue.
Puis, le long baiser prend fin. Et aussitôt le projecteur s'éteint et le champ glisse à nouveau dans le gris du jour sale. Ils restent seuls tous les deux à se regarder et à savoir. Et moi, j'en ai le souffle coupé sur mon fauteuil.
C'est un des plus beaux baisers de cinéma que j'ai vus de ma vie. C'est dans Les Citronniers. Allez le voir. 25/07/2008Oui.Nous nous sommes enfoncés dans l'écheveau des rues entre Belleville et Ménilmontant.
Le ciel bleuissait fortement parce que la nuit venait. Cela donnait aux rues sombres couvertes de lierres un air étrange, un air de décor de théâtre.
Tandis que nos pas se suivaient, je me disais qu'avec toi, une ville comme celle-ci est une sorte de grand geste magique. Je m'en étonne à chaque fois et ce soir, avec l'impression d'arriver au bout du bout du ciel, j'avais envie de te dire que je suis heureux.
Nous sommes arrivés au bout de la rue des Envierges. Le parc dégringolait en contrebas du parapet et laissait se déployait les grands pans de murs bleutés, gris et mauvissant des immeubles de la ville. Entre eux, des monuments célèbres émergeaient comme des bulles figées. La Tour Eiffel, à l'unisson, s'est évidemment mise à scintiller à ce moment précis. C'était beau. C'était même presque trop. J'en souriais...
Nous avons continué de marcher dans les parages. Je clignais des yeux dans l'air du soir, je m'imprégnais de tout. Ta présence, je la savais partout, ici.
Et ma voix résonnait dans ma tête. Je vais dire oui. Très bientôt, je vais habiter ici avec toi. 22/07/2008Angles de vuesUn-
J'avais ouvert en grand le volet de la fenêtre d'en haut. C'était pour laisser entrer l'air du soir, après la journée de chaleur. Il faisait encore jour, mais de ce jour qu'on sent chercher à monter encore en puissance alors qu'il flambe, se détruit de l'intérieur et va s'effondrer bientôt.
Je m'approchais lentement de la fenêtre en écoutant la musique lointaine des rues endormies de la ville. Sur le rebord, les fleurs de mes pétunias, d'un blanc presque bleuté et si proche de la pâleur d'une peau d'enfant triste, tremblaient légèrement au passage des courants de l'air. Je regardais leurs veines ; vues du dessous, le décor n'était pas le même. Et je n'avais pas besoin de m'approcher plus pour imaginer les flots miraculeux du parfum qu'elles transportaient.
Deux-
J'étais entré dans la cathédrale, par son portail lourd et noir, comme s'il s'était agi d'un passage au-delà de la pleine chaleur et de son épaisseur faite de vibrations entremêlées. La frontière entre les airs et les lumières était violente ; elle avait l'allure d'un trait coupant. Et je me demandais si j'étais encore vraiment moi, après ça.
Déambulant sur les dalles froides du choeur, j'avais fini par m'assoir et par regarder au-dessus de moi, le plafond renversé des voûtes si hautes. Mais j'avais le sentiment que c'était une façon de regarder à l'envers : un ciel vu de dessus, pourquoi pas. Tout là-haut, dans l'inaccessible de ce qui est humain, les vitraux projetaient leurs reflets d'ors rouges, bleus et violets. Et je restais là à suivre l'immense chemin lent qu'ils faisaient sans bruit, léchant les vieilles parois, voie lactée poursuivant sa route déclinante au-dessus de nous tous.
Trois-
Le jour entrait par la porte que nous avions laissée ouverte. Ce jour du matin d'été qui est déjà comme un sirop qui s'écoule. Je m'éveillais doucement dans cette épaisseur après le passage inconnu de la nuit. Retrouvant tout autour de moi les objets de la chambre comme les éléments soudains d'une mémoire qui se reconstruit, je t'avais découvert encore endormi, tout ton corps allongé près du mien.
Je n'entendais pas un bruit du dehors. Seuls ta respiration et peut-être les mouvements de tes cils emportés par un soulèvement profond de l'air, me revenaient. Ta tête était tournée vers moi. Je regardais les millions de grains changeants qui en faisaient la peau et je voyais en leur dessous, glissements furtifs, remuements et bulles noyées dans le vertige de ton corps, les chemins emmêlés de tes rêves et de ton sang. 17/07/2008La maison de Sandra.J'y parviens au bout de six heures de route. Certes, j'ai un peu pris mon temps, j'ai fait des détours, j'ai vu des noms sur des pancartes qui m'ont donné, comme souvent, envie d'aller y voir... Mais quand même.
Il fait nuit et je reconnais les derniers kilomètres, cette longue route droite qui monte et descend sans se laisser dévier. Et au bout d'un de ces creux, la petite route qu'il faut prendre sur la droite et qui serpente doucement jusqu'à sa maison.
Mes phares balaient par flots les haies de mûriers et de ronces, d'églantiers mille fois retaillés longeant les fossés envahis d'herbes folles. Je sens le souffle lent des grands champs de blés qui ploient sous le vent du soir, le ronronnement des bosquets tout autour, les vols froissés des chouettes et des chauves-souris. Je tourne au petit panneau qui indique "Villeneuve", sa maison, juste sa maison. Sa maison a un nom de ville et ce nom est pour elle seule. Cette idée m'a toujours plu.
Je range la voiture contre le hangar que nous avions dégagé de lierres et de ronces immenses, aux troncs comme nos bras, à force d'heures de travail, il y a quelques années. C'est en fait comme si j'amarrais mon bateau au quai désert d'une île connue de moi seul. Le silence se fait. J'ai juste le temps d'observer un peu le halo jaune des lumières à l'intérieur de la maison et de reconnaître, vaguement éclairées par la lanterne de dehors, les lourdes dalles d'ardoise qui font le chemin d'accès au seuil, la pompe à main au-dessus du puits entourée de fleurs et de lianes se courbant en tremblant, en fond de décor les masses plus sombres des arbres de l'ancien jardin... Et tu es là. Je te retrouve et te serre dans mes longs bras. Toi si frêle et si douce. Au regard qui crépite.
Cela aura été, encore une fois, un séjour de douceur et d'harmonie. Comment te le dire autrement qu'en te souriant, comme je le fais depuis tant d'années, au travers de mes mots? On n'est pas dans la merde.Lue dans Le Monde, cette découverte soudaine par une institution des Nations Unies de l'inégalité foncière de la croissance économique:
"Les pays les moins avancés (PMA)* bénéficient d'une forte croissance économique, mais celle-ci ne se traduit pas par une réduction de la pauvreté**. Résultat : les PMA "ne sont pas près d'atteindre l'objectif d'une réduction de moitié de l'indice de la pauvreté entre 1990 et 2015", constate le rapport annuel de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) rendu public, jeudi 17 juillet, à Genève.***
En 2005, précise le document, 36 % de la population des PMA vivaient dans l'extrême pauvreté. **** "Même si l'indice de la pauvreté diminue lentement, le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar ou moins de 2 dollars par jour était plus grand en 2005 qu'en 2000", ajoute la Cnuced.
La nature de la croissance explique ce paradoxe.***** "Elle ne correspond généralement pas à un processus de développement partagé",****** déplore le rapport. En clair, la Cnuced constate que, si l'intégration des PMA dans l'économie mondiale est une bonne chose,******* elle ne suffit pas pour réduire la pauvreté. Il faut également développer le marché intérieur et le réorienter "en direction d'un développement plus soutenu et solidaire". C'est là que les pays riches, qui financent les budgets de nombre de PMA, ont un rôle à jouer en assouplissant les conditions d'octroi de l'aide. Celles imposées par les institutions financières internationales "restreignent la marge d'action des gouvernements (des PMA) et ont des conséquences néfastes", conclut le rapport. "********
* A une époque moins hypocrite, on appellerait ça les Pays les Plus Pauvres (PPP).
** Scoop.
*** Un ancien rapport de l'ONU (jamais officialisé) a donné une date à laquelle on estime "raisonnable" que les PMA atteignent l'objectif faramineux de réduire leur pauvreté de moitié: cette date, c'est 2147.
**** On invente désormais une nouvelle catégorie: celle de l'extrême pauvreté. Les pauvres, banalement pauvres, peuvent s'estimer heureux: ils ne sont pas extrêmement pauvres. Youpi.
***** Tiens donc?
****** Sans blague!
******* Vous remarquerez qu'on ne nous dit pas pourquoi. C'est juste "une bonne chose". C'est tout.
******** Juste pour information, l'aide bilatérale est de plus en plus faible, les institutions financières internationales ont de plus en plus de poids et les ajustements structurels continuent vaillamment à ruiner toute possibilité d'action pour les gouvernements des PPP, euh... pardon, des PMA... 15/07/2008Quatorze-JuilletOn approchait de Paris. L'autoroute faisait un long ruban de lumières rouges collées les unes aux autres, quatre chapelets tremblants avançant en parallèle, glissant lentement et nous emportant dans ce ballet incertain. Tu conduisais, les fenêtres étaient fermées et nous n'entendions rien du brouhaha que cela faisait forcément, dehors. Paris se dessinait tout autour, des lignes, des blocs ayant tout grignoté d'anciennes colllines, des amas d'immeubles frangés de halos jaunissants, encore des lumières, de larges bandes clignottantes et convergeant de partout vers le ventre urbain dont j'imaginais déjà la chaleur. Et puis, comme je regardais, rêveur, dans la direction de ce doux bazar, avec ton visage sérieux et concentré dans l'angle gauche de ma vue, sont apparues tout au fond, devant la Tour Eiffel éteinte et qui prenait soudain l'air d'un fantôme calcifié, froid vestige laissé là, les gerbes brillantes du feu d'artifice, les volées blanches et bleues des fusées qui éclataient, absolument silencieuses et tellement lointaines, se déployaient lentement avant de se dissoudre et de se disperser en fumées grises, et laisant pour encore un peu de temps les traces sombres et violettes de leurs passages dans ce ciel gigantesque qui couvrait tout et nous enfonçait tous inexorablement dans la nuit. 11/07/2008Depuis ma fenêtre.Je traversais les Alpes Mancelles.* Et venais de quitter le beau village de Saint Cénéri le Gérei par la route qui grimpe tout au-dessus. En passant, à ma gauche, j'apercevais le vallon étourdi dans le soir approchant et l'église perchée entre le rouge et le rose des grès des maisons. Le plafond des nuages menaçants, presque violets, ressemblait à une brume noire flottant par dessus la lumière persistante, et tentant de la couvrir en vain.
Puis, ce fut les longues forêts au fond desquelles la Sarthe se mouvait comme un serpent. Personne. J'étais seul. J'avais allumé mes phares, plongé sous le couvert des bois où la nuit se déployait maintenant, lente et douce, rêveuse.
Je déambulais ainsi dans les chemins, je perdais volontiers mon temps, je n'étais pas pressé.
Au bout d'un moment, la route tortueuse se raidit. Une longue côte droite se présentait devant moi. C'était comme un tunnel dans la forêt. Je regardais, pendant que je montais, les multitudes des feuilles lourdes, impassibles et le labyrinthe des branches dressées, arc-en-ciel de noirs bleutés, violacés, bruns et sanguinolents. Mais comme j'arrivais au bout de la longue route droite menant au plateau, la forêt soudain s'évanouit et je fus pris de plein fouet par le soleil qui, je l'avais oublié, ne s'était pas encore couché. Je passais de la nuit au jour, violemment, et tout était blanc. J'étais ébloui, comme après une éclipse.
Alors, la radio de ma voiture qui ne captait plus rien depuis que j'étais entré dans ces Alpes étranges, s'alluma dans le même temps. Et j'eus la surprise d'entendre ces phrases de Pelléas et Mélisande:**
Lui: J'ai cru voir de la lumière sur ton visage.
Elle: Oui, j'avais ouvert la fenêtre...
Et moi, dans ma tête, je me demandais bien qui avait ouvert la fenêtre...
* Tout près d'Alençon.
** Evidemment, je ne promets pas l'exactitude des paroles. Mais le cœur y est. 04/07/2008Valse avec Bachir.
J’y suis allé une deuxième fois. Je suis retourné voir ce film qui m’avait tant bouleversé.
J’attendais la scène du rêve récurrent avec une sorte de plaisir insondable à l’idée que j’allais me mettre à pleurer en revoyant ces corps nus dans cette eau lourde et noire léchant les ruines de Beyrouth, en revoyant les ombres lunaires de ces soldats tellement beaux et tellement fatigués sortant de l’eau comme des fantômes, attirés, appelés par les lumières jaunes des fusées-torches au-dessus de la ville brisée, saccagée, en les revoyant s’habiller en ombres chinoises déformées puis errer dans les rues défaites d’une ancienne ville au petit matin, lumières grises, immeubles en lambeaux, avenues mortes, pleurer en revoyant ces images lentes et belles et douces et terribles recouvertes d’une musique comme étirée, n’en finissant plus, jusqu’au surgissement de ce long cortège de femmes en noir aux visages tordus, infiniment déchirés, hurlant dans un silence affreux leurs douleurs et leur incompréhension et ce dernier plan se rapprochant sur le visage du soldat prêt à exploser du trop-plein des images dans lequel il baigne et se noie.
J’attendais cette scène, uniquement cette scène, je crois. Et cette musique. Et les voix en hébreu aux sonorités si particulières, si graves.
Et puis de revoir ce film a été finalement une sorte de révélation. J’ai vu des images que je n’avais pas vues la première fois. J’ai aussi vu différemment cette scène du rêve, de ce « bain de minuit dans Beyrouth ». Je me suis arrêté sur le visage immensément fatigué du jeune soldat, sur sa respiration au bord du désastre, sur le clignement de ses yeux qui nous fait comprendre que parce que c’est trop dur, la mémoire est en train, là, devant nous, de transformer la réalité en rêve, elle est en train de la refaire, de la reconstruire, pour pouvoir continuer de vivre. J’ai revu - non, j’ai vraiment vu pour la première fois – ce flot d’images et de vies. J’avais le sentiment que tout le long du film, je pouvais m’arrêter, revenir en arrière, avancer dans le cours, m’en imprégner, le faire mien. Et je pleurais. J’ai pleuré pendant tout le film.
01/07/2008Troisième épisode!Une nouvelle aventure issue des covoiturages avec ma collègue baroque et loufoque dans la super Kolokani-mobile? Allez, je sais que vous en rafolez. Bon, ok, rien que pour vous, voici la dernière du jour:
Cette fois, je lui avais passé le volant (je sais, je suis fou), croyant un peu naïvement que l'obligation de concentration empêcherait son esprit de produire les pensées étonnantes que je vous ai déjà narrées plus haut. Mais c'était évidemment sans compter les ressorts insoupçonnés de celui-ci.
Je pensais vraiment être tranquille car j'avais ouvert le journal et après la lecture passionnante d'un article en pleine page sur le sauvetage (par deux gentils pompiers quiquagénaires) d'une minette égarée sur les toits de la bonne ville de Clermont, je m'étais plongé dans les mots croisés. Elle me demande alors, à brûle-pourpoint:
- Qu'est-ce que tu ne trouves pas?
Moi [quelque peu surpris de tant d'audace]: Euh... Tu veux faire les mots croisés, là? Vraiment? Tu es sûr?
Elle: Ben, je peux t'aider. Donne-moi des définitions. Allez!... [Grand sourire.]
Alors, moi, grand seigneur: Bon, attends. "Sortis de la langue verte" en six lettres.
Elle: ... J'ai trouvé! ça doit être une plante carnivore!
Moi: C'est-à-dire?
Elle: Ben, les plantes carnivores, elles doivent avoir des langues vertes, non? Puisque c'est des plantes et qu'elles mangent. C'est ça, les langues vertes, non?...
Le reste du trajet, je l'ai passé collé à la vitre, m'extasiant intérieurement devant tant de beautés fulgurantes: une vache, un talus, une église...  |