26/06/2009Hommage à MJ.Ce soir, c'est la kermesse de l'école en face de l'appartement. Les fenêtres du salon donnent sur la grande cour et généralement à cette heure, seuls les arbres y traînent leur nonchalence. Cherchant un peu de fraîcheur, nous avons ouvert en grand les fenêtres et commencé à observer l'agitation inhabituelle de la cour. Aussi, comme des oiseaux planant au-dessus des lourds platanes, nous avons regardé les multitudes de bambins surexcités courir en tous sens, se faire des croche-pattes, jouer à la marelle, se dire des secrets au coin des bancs. Les parents discutent, en gardant un oeil sur leur progéniture qui apparaît et disparaît, avec les maîtres et les maîtresses qui ont l'air déjà soulagés. On aperçoit aux fenêtres des classes les dessins de l'année; les grandes portes vitrées claquent et les enfants s'y engouffrent en faisant les courants d'air qu'il n'y a pas, ce soir. La fraîcheur, elle est là!
Mais ce soir, surtout, il y a, tout au fond de la cour, l'installation du "DJ". Eh! oui! c'est que ça pulse, ce soir: boules à facettes et compagnie, ça danse, ça crie, ça chante, et sur des standards rocks qui sont tout-à-fait de mon goût. Alors, c'est sans me faire prier que petit à petit, je me suis mis à danser à la fenêtre, comme si c'était la kermesse de la rue. Et puis peu après, il y a eu "Beat it" de Mickaël Jackson et je me suis déchaîné. Pendant que je dansais, nous avons alors aperçu une petite fille qui m'avait repéré. Quand elle a vu que je la voyais, la regardais sans cesser de danser, elle a osé un timide coucou de la main. Je lui ai aussitôt fait un grand geste et me suis remis à sauter partout, comme un fou, moulinant des bras et l'invitant à danser aussi. Je l'ai alors vue s'illuminer, se mettre à sauter sur place en appelant ses copines qui ont rappliqué comme un banc d'oiseaux et c'est donc avec un groupe d'une petite dizaine de petites filles pouffant de rire que j'ai dansé ce soir sur Mickaël Jackson, d'un bord à l'autre d'une rue de Paris. Le bonheur... Vous avez dit bizarre?On a beaucoup parlé du principe de la réunion en congrès, ces derniers temps. Soit dit en passant, l'on frise le pléonasme en disant cela, le congrès étant une réunion, certes pas entre n'importe qui, mais une réunion tout de même... Mais en fait, cela va bien au-delà du pléonasme. Le congrés est tout de même une pratique un peu limite à mon goût. Et en ce sens, je voulais m'étonner du fait que La Chaîne Parlementaire, Public Sénat et jusqu'à France Télévisions aient accepté sans barguigner de diffuser (en pleine journée!) les images de notre Président se livrant à une réunion en congrès. Et ce sans carré noir ou triangle rouge (je ne maîtrise pas bien la signalétique utilisée pour prévenir les parents de la diffusion d'images à caractère pornographique...)! Mais que fait donc le CSA?
Car je voudrais vous rappeler ici ce qu'a signifié, en son temps, le terme de congrès et notamment cette expression: faire une réunion en congrès. Figurez-vous que le congrès a d'abord désigné l'union sexuelle proprement dite, puis a très vite constitué un terme de jurisprudence au sujet d'une épreuve que pouvait imposer la Justice à un mari dénoncé par sa femme et accusé d’impuissance afin d’obtenir l’annulation de son mariage : l’homme devait alors démontrer sa puissance et sa virilité effectives… Certes, le congrès, en tant que terme juridique, a été supprimé en 1667. Mais vous avouerez qu'il y a de quoi être quelque peu... ébranlé.
De là à faire le rapprochement avec le désir de notre Président d'affirmer sa virilité à la France entière après qu'elle l'aurait accusé d'impuissance face à la crise, il n'y a qu'un pas à faire.
Mais écoutons plutôt la douce musique de Nicolas Boileau:
« Jamais la biche en rut n’a pour fait d’impuissance
Traîné du fond des bois un cerf à l’audience
Et jamais juge entre eux ordonnant le congrès
De ce burlesque mot n’a sali ses arrêts. »
Etonnant, non? Concordance des temps.L'orage de cette nuit nous avait déjà réveillés. A. s'était levé pour aller fermer la fenêtre qui battait et, dans un demi-sommeil, mi-effrayé, mi-fasciné par le roulement sourd des éclairs s'abattant tout autour, de plus en plus couvert par le cliquetis plus connu de la pluie, j'avais aperçu l'ombre élégante de son corps. Je m'étais rendormi avec cette image enveloppante alors que je sentais le poids chaud, vibrant de son corps qui se lovait contre moi.
Plus tard, je me suis de nouveau réveillé. Comme dans les films, j'ai ouvert les yeux et les images ont commencé. J'étais sur le dos. Au-dessus de moi, sur le haut plafond mouluré, les persiennes faisaient une ombre en stries qui se balaçaient en tremblant, dans un mouvement régulier de gauche à droite que je dus admirer quelques minutes, incapable de savoir où j'étais vraiment. Petit à petit, le bruit d'une fenêtre que l'on fermait, les sons de l'eau dégouttant des toits sur les rebords de zinc, clip clap, m'ont aidé à reconstruire la cour, les deux immeubles accolés, la chambre où j'étais. Et s'est dessiné, dans un mouvement d'évidence, tout près de moi le corps endormi d'A., au rythme de sa respiration lente qui faisait se lever un peu son bras touchant le mien.
Alors, d'instinct, sans me retourner, le regard toujours collé au plafond, j'ai déplacé ma main et l'ai posé sur ses fesses, si douces. Et cette douceur me faisait deviner leur blancheur. Je n'ai pu m'empêcher de sourire à l'idée de son sommeil et de mon éveil. Car sa peau, aussitôt, s'est levée, j'ai senti le frisson qui le parcourait et faisait se dresser ses poils, j'ai reconnu le déplacement de sa respiration jusqu'à un inaudible gémissement quand ma main a glissé vers son entre-cuisses : sans que son corps ne bouge, sans que le sommeil ne le quitte, nous étions, bel et bien, ensemble dans cette immense nuit... 18/06/2009Un homme de 20 ans.Parce qu'il est important, je crois, de faire écho, ici, partout, à ce qui se passe à côté de chez nous, je vous livre in extenso ces propos lus sur le site de Libération...
Je rappelle juste que la jungle est le nom que l'on donne à la zone de non-droit autour de l'entrée du tunnel sous la Manche, à Calais, où errent, fantômes que l'on ne veut pas voir et qui ont peur d'être vus, les immigrants clandestins.
Cet interview fait évidemment écho au film "Welcome", que j'avais commenté ici.
"- Que s'est-il passé samedi soir?
- Un Erythréen est mort noyé. Il voulait se laver près de l'écluse. Il n'est pas tombé, il était en slip, beaucoup de migrants se lavent à cet endroit. Il venait de manger, d'après ce que m'ont dit les autres. Il a dû être emporté par le courant, l'endroit est dangereux, plein de vase. Il est resté un quart d'heure sous l'eau. Un pompier l'a repêché, il n'a pas pu le ranimer. Il est mort parce qu'il n'a pas pu prendre une douche.
- Aujourd'hui, les migrants ne peuvent plus prendre de douches à Calais.
- Ça fait six mois que ça dure. Il n'y a plus d'endroit pour se laver, à part à la permanence d'accès aux soins, qui dépend de l'hôpital. Une seule douche pour 500 migrants. Ils se bousculent, certains entrent par la fenêtre. Le Secours Catholique a déposé un permis de construire, mais la mairie a dit non. Elle veut bien des douches du côté de Marck, ce qui implique des allers et retours en camionnette (à 14 km de là, ndlr). La mairie de Calais voudrait rendre les migrants invisibles. En attendant, on ne prend pas en compte un grave problème sanitaire. On n'écoute pas les soignants.
- Que constatez-vous?
- Une catastrophe. Depuis qu'il n'y a plus de douche, le nombre de visites à la permanence est passé de 15 par après-midi à 40, à cause de la gale. Ça peut se régler de façon simple, il suffit de prendre des antibiotiques, de se laver, et de se changer, mais il n'y a pas de douches. On donne des antibiotiques, payés par l'Assurance maladie mais ça ne sert à rien. Les gens arrivent avec des cas de gale infectée, surinfectée, font la queue, s'énervent.
- Et les autres malades?
- On n'a plus le temps pour les vrais malades. Je parle des diabétiques, des asthmatiques, des blessés par les barbelés, les fractures, les brûlures. Une vieille dame kurde de 72 ans, dans la jungle, on n'a pas le temps de s'occuper d'elle. Une Erythréenne, enceinte de six mois, elle aussi dans la jungle. Elle était à Calais depuis deux jours. La poche des eaux s'est fissurée, une bénévole a détecté que quelque chose n'allait pas. On n'a rien pu faire pour qu'elle garde le bébé, elle a accouché en urgence à l'hôpital d'un bébé de 800 grammes, on ne sait pas s'il va vivre. Il y a aussi des cas de tuberculose, un jeune Iranien qui a fait un infarctus dans la jungle, il n'avait plus d'anti-coagulants. Il a été hospitalisé, il est ressorti. Je dois prendre le temps de lui expliquer qu'il doit se débrouiller pour ne plus être à court, il peut mourir. Mais ici, c'est l'usine à gaz.
- Quarante personnes se douchent chaque jour, comment font les autres?
- Les Erythréens se lavent dans le port, avec cette mort absurde. Les Afghans, dans les rejets de l'usine Tioxide (classée Seveso, ndlr), ils me disent que c'est une eau blanche et chaude. On ne sait pas ce qu'il y a dedans. Il y a un réel problème sanitaire. On ne peut pas laisser les gens se laver dans les flaques d'eau, se baigner dans des endroits dégueulasses. Tout le monde s'en fout, chacun voit midi à sa porte. Et nous, si on devait partir de France, comme s'est déjà arrivé dans l'histoire, si on se trouvait accueilli comme des rats sur le mode "Je suis né ici, j'ai plus de droits que toi qui arrives"? Ça n'a pas de sens. Ça coûte quoi de fabriquer des douches? On a peur d'attirer du monde? Venez les gars, y'a des douches à Calais, ça va être bien! Les gens ne quittent pas l'Afghanistan pour venir se doucher à Calais.
- Et maintenant?
- Je ne sais plus quoi faire. Faire une lettre ouverte, écrire une lettre au ministère? Demander à Eric Besson de venir nous voir? A Carla Bruni? Qu'ils passent ici. Qu'ils viennent."
Ces propos ont été recueillis par Haydée Sabéran. 08/06/2009Dans la musique.La basilique de Saint-Denis bruissait de toutes les rumeurs, de tous les froissements et les crissements des chaises alignées pendant que les gens finissaient de s'installer. De grands voiles avaient été tendus en pâles triangles étirés dans l'espace du portail, devant la scène où les violons et les choeurs cherchaient les dernières notes d'ajustement. Presqu'appuyé à l'une des grandes colonnes crénelées, je regardais la gigantesque nef remplie et prête à voguer sur un espéré mais mystérieux océan tandis que la lumière rougeâtre des hauts vitraux semblait les derniers signes visibles d'une terre ferme que je voulais bien quitter, un peu.
A un geste discret du premier violon, les agitations des musiciens ont cessé. Un grand silence, sur la scène et dans la nef, et dans les allées bondées, s'est fait alors en quelques secondes, par chutes progressives d'intensité. Puis plus rien pendant une longue minute. Des regards. Une attente communément démesurée. Un mystère. Puis l'arrivée sur la scène des solistes et du capitaine de vaisseau, Riccardo Muti, dans une sorte de clameur soudaine, vite éteinte au dos aussitôt tourné du chef déjà centré sur ses musiciens, prêt à commencer le voyage. Alors, ce fut le temps de ce second silence qui m'a toujours suffoqué de bonheur et de grâce, de ce silence plein et entier qui couvre tout et dans lequel la musique entre comme dans une mer.
Comment dire, maintenant, les élans monstrueux de la musique, celle des instruments et des voix, le regard pointu et le souffle saccadé du chef d'orchestre emportés par ce qu'il sait de l'oeuvre, qui est dans la partition étalée devant lui et qu'il cherche à nous dire, à nous faire dire par d'autres? Comment dire les immenses volutes des notes s'enroulant en remontant autour des colonnes et retombant en pluies lentes et douces depuis les arcs boutants? Et l'espace d'un instant, que dire du vol affolé d'un pigeon littéralement remué par les masses d'air douloureuses si mystérieusement modelées par un homme agitant sa baguette, levant une main ample ou un poing serré, fol oiseau qu'une part de moi voulait rejoindre pour regarder tout cela de haut et être porté, vraiment porté par la musique du Requiem de Verdi? Et de ce sentiment si étonnant, à la fin d'un mouvement de tension musicale, de courbatures en soi, comme si l'on avait couru, loin, et de se rendre compte qu'il est des instants où le corps a voulu, d'instinct, rejoindre l'âme?... 02/06/2009Trop c'est trop!!!Je n'ai guère l'habitude de commenter les résultats issus d'un vote populaire mais là, comme disait ma grand-mère, trop c'est trop, on a poussé le bouchon un peu loin. rendez vous compte, ils ont éliminé Camélia-J. de la Nouvelle Star. Qui plus est le jour où j'ai croisé dans la rue le gentil blond hirsute prénommé Larry, à la magnifique voix hauté perché et qui avait été injustement "sorti" précédemment! Je prends d'ailleurs cela pour un signe du ciel et je m'élève donc, ici et maintenant, contre ce jugement inique des télespectateurs de M6.
Non, non, non et non! Rendez-nous Camélia-J., bon sang!!!
Ainsi, je propose, comme on le fait régulièrement à la suite des votes défavorables bien embêtants lors des consultations référendaires européennes, sans que cela ait l'air de gêner qui que ce soit, au fond, de procéder à un nouveau vote, jusqu'à ce que Camélia-J. soit qualifiée pour la finale. Je sais, c'est osé. Mais qui le dira ici, sinon? Hein?...
Allez, bisous.  |