"... si vous la rencontrez, bizarrement parée, traînant dans le ruisseau un talon déchaussé et la tête et l'oeil bas comme un pigeon blessé, messieurs, ne crachez pas de jurons ni d'ordures au visage fardé de cette pauvre impure que déesse famine a par un soir d'hiver contraint à relever ses jupons en plein air. Cette bohème là, c'est mon bien! ma richesse, ma perle, mon bijou.. ma reine... ma duchesse..."

J'écoute : le vent
Je regarde : le vent et ses effets
Je lis : des images
Je joue : comme un chat
Je mange : les pulpes et les intérieurs
Je bois : de tendres mélanges
Je cite : mes amis, même ceux que je ne connais pas, en vrai...
Je pense : à ceux qui m'aident à vivre
Je rêve : de mieux les accompagner
(mis à jour mercredi 29 novembre 2006 à 15:10)

04/07/2009

04/07/09 - 13:05

Propriété privée.

Dans ma rue, il y a une boulangerie que j'aime bien. Le pain est bon, bien sûr, mais chaque fois que je vais l'acheter, j'aime surtout l'ambiance de la boutique, les clients se connaissent un peu, la vendeuse discute avec eux, le boulanger fait quelques blagues ou ronchonne en sortant ses baguettes, les vieilles dames parlent de leur vie, d'autres ont laissé leur caniche à garder dehors par le gros monsieur qui mendie vaguement toujours installé sur le banc en face de la vitrine et viennent s'asseoir un peu avec lui après avoir acheté leur pain et leurs croissants et parlent de nouveau de leur vie avec lui. Souvent, il lit assis tranquillement sur le banc, un bob renversé posé à l'autre bout, avec quelques pièces dedans, il lit des livres que les clients de la boulangerie lui ont laissé. Le dimanche, il garde les poussettes et fait des risettes aux bébés en se penchant maladroitement sur eux, gêné par son ventre gigantesque qui le fait ressembler à un personnage de bande dessinée. Des fois, quand je passe à la boulangerie à des heures inhabituelles, quand il y a peu de clients, je le surprend dans la boutique en train de discuter avec la jeune vendeuse; alors, toujours, il s'éclipse discrètement, pour revenir dès que je suis parti... Je me dis souvent que cet homme est un des mystères de ma rue et qu'il lui appartient.

Et puis là, mercredi dernier, je rentrais du travail un peu assommé par la journée, je remontais la rue et au moment d'entrer dans la bouangerie, j'ai vu le rideau fermé. Je me suis rappelé que le mercredi est le jour de fermeture mais je me suis alors rendu compte qu'un petit panneau indiquait: "Congés d'été. La boulangerie est fermée du 30 juin et 31 juillet.' Un au revoir un peu soudain, en somme. Cela faisait comme un trou inattendu dans ma rue, quelque chose qui manquait. J'ai voulu reprendre ma route et sur le banc en face de la vitrine, j'ai alors vu, comme d'habitude, le vieux gros monsieur, avec son bob renversé, qui lisait un livre de poche tout corné. Il était là et il resterait là tout le mois d'août, rien ne changerait, les petites vieilles descendraient faire leur marché, discuteraient avec lui, il irait même parfois chercher des croquettes pour leurs chiens et leurs chats et elles lui laisseraient une petite "commission" et durant tout un mois, il serait assis en face de la boulangerie fermée, comme en sommeil ces jours de "vacance", parce que ce bout de rue, de trottoir et nous qui y habitons, au fond, nous lui appartenons un peu.

commentaires

04/07/09 - 13:37

C'est très beau...
je ne sais pas quoi dire d'autre...

04/07/09 - 16:59

Quand on s'attarde un peu plus dans la ville, on peut voir ce genre de personnage, déceler ces présences habituellement invisibles, qui savent souvent se faire oublier, culpabilisant de ne pas être dans le normatif de nos vies cadrées...

04/07/09 - 20:36

J’évolue au bord d’un monde acide
pensée malhabile contre les placides
dans laquelle pullulent scrupules
fragiles instants de crépuscules

08/07/09 - 15:56

C'est très joliment formulé. Avenues, boulevards, impasses, tant de quartiers vers lesquels on se rue...

21/08/09 - 10:20

Là, c'est du grand art... Chapeau, Maître !

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