Petit détour.
J'avais décidé de rejoindre mes anciens collègues de Beauvais pour le déjeuner. J'avais organisé cela un peu au dernier moment, avec Angélique, la secrétaire de la mission, afin de faire la surprise de ma venue à Tristan, dont c'était l'anniversaire.
J'aime bien cette idée de pouvoir faire quelques sauts de puce, presque au débotté, dans la ville où j'ai vécu cinq ans et où des amis si chers vivent encore aujourd'hui. Ainsi, vers midi, j'ai quitté Bobigny et ses hautes tours grises qui ne paraissent irriguées que par le coeur immobile, muscle triste et froid, que semble être le gigantesque centre commercial posé sur sa dalle, béant, comme éviscéré et exposé au regard de tous. Je me suis enfoui dans le métro, ai pris la voiture à Pantin, jetant un oeil complice au canal en passant, me suis retrouvé glissant le long des nationales, du périphérique, des autoroutes enchevêtrées, magie de la vitesse et du vacarme extérieur mêlés au calme, à la musique, à la sorte d'apesanteur que constitue l'habitacle de la voiture. Et bientôt, j'étais en Picardie.
Il faisait beau. Quelque chose de cette lumière étonnante des matins clairs d'hiver inondait les champs nus, les tas étranges de betteraves disposés le long des chemins, les orées roussissantes des bois. Arrivé sur le rebord de la boutonnière du Pays de Bray, là où l'autoroute plonge dans le monotone plateau picard, seulement dominé par la bosse arborée du mont César, le magnifique paysage de la vallée sinueuse du Thérain s'est présenté à moi. Tout au fond, de grandes taches de lumière se pavanaient et je me demandais si elles étaient les émanations de la terre ou les ombres positives du ciel.
Puis, ce fut Beauvais. Quelque chose de l'ordre de la joie est monté en moi. Et même la zone commerciale à l'entrée de la ville, si fade et glauque dans ma mémoire, m'apparut presque belle. Les voitures aux ronds-points faisaient leur ballet. Le bâtiment de la maladrerie, surgissant des derniers champs, marquant leur fin et la place de la ville commençante, semblait une grande façade rose, un mur de décor qu'on aurait mis là pour faire mieux qu'une banale pancarte annonçant tristement Beauvais. La ville, elle, n'apparaissait qu'à peine, du fond de sa cuvette. Seuls dépassaient les hautes tour d'Argentine, blanches, éclatantes, et le grand château d'eau de béton gris, vigies bienveillantes. Et au détour d'une rue pénétrant dans le centre de la ville, j'ai alors vu, pendant quelques secondes, la silhouette effarouchée de la cathédrale, belle et tragique comme un joyau âbimé.
C'était Beauvais. J'entrais dans cette ville grise, froide, marquée par l'histoire, aux habitants qui m'avaient si souvent semblé endormis. Et j'étais heureux. J'allais voir des gens que j'aime. Je me sentais bien.
Car c'est beau une ville où il y a des gens qu'on aime.
07/11/09 - 12:08
Un peu qu'c'est beau !
J'ai idée que ce retour a dû faire du bruit en ville, avec vos rires de stentor... ;o)
rv37