Une pensée dans le vent.
Je ne sais pourquoi, j'ai toujours éprouvé beaucoup d'affection pour Haïti, et les gens de ce pays que je ne connais pourtant absolument pas.
Quand j'essaie de comprendre pourquoi, je me revois tout de suite enfant en train de regarder sur un atlas, fasciné, ce bout d'île tout au bout, là-bas, comme deux ailes arrachées d'un papillon. Je pense aussi à la valse et à la conjonction des noms: Hispaniola, Saint-Domingue, Toussaint-Louverture, Haïti, Port-au-Prince, Duvallier, Désiré, Bien-Aimé... Ces mots qui renferment tant de tendresse et de violence, de joie sublime et de terreur, de misère.
Jeune étudiant en géographie, j'ai commencé à m'intéresser à l'idée de partir vivre à l'étranger. Un poste était libre en Haïti et personne ne voulait y aller. Moi, j'en rêvais, mais cela n'a pas pu se faire, je ne sais plus pourquoi. Je suis finalement parti dans un autre pays effrayant pour mes petits camarades, la Guinée-Conakry, et mon "aventure" africaine a commencé ainsi. Alors que je vivais en Guinée dans la zone côtière (c'était en 1995), la situation au Liberia, ce territoire africain créé par d'anciens esclaces affranchis et qui faisait un parallèle émouvant pour moi avec Haïti, avait explosé et les flots de réfugiés se déversaient en Guinée dans des campements gigantesques de tentes bleues. Et finalement, Haïti s'est éloigné de moi, de mes "possibilités", même si j'ai continué, au fil des années, de penser à ce pays...
Je lisais encore récemment le magnifique livre de l'écrivain haïtien, Dany Laferrière, "L'énigme du retour" ; les mots faisaient aussitôt émerger en moi le bruit de la pluie tropicale, la folie de la ville-champignon, les couleurs criardes de la misère, le bruit lent de la mer et des montagnes... Et puis ce matin, j'ai senti comme une sorte de vague d'émotion, qui ne fait qu'enfler depuis, en entendant ce qui s'est passé cette nuit. J'écoutais, abasourdi, la radio, et puis, alors, une voix connue est montée, une voix amie, une voix apaisante. J'ai reconnu celle de mon maître de chant quand je vivais à Bamako, que j'avais perdu de vue et devenu représentant de l'UNICEF en Haïti, interrogé par France Inter. J'avais l'impression qu'il me parlait et tout se mélangeait, Haïti, le Mali, la musique ; ce qui se passait en moi, c'était, au fond, la folie des raccourcis qui inondent parfois nos vies et l'emplissent de l'évidence d'une sorte de voyage qu'on n'a pas fait et qu'il nous reste à faire.
Je pense à ce pays. Je pense à ces gens. Et je voulais le dire ici.
13/01/10 - 21:00
Le sort s'acharne sur l'un des pays les plus pauvre de la planète. Il y a de quoi être bouleversé, ou révolté, par ce non-sens.
Mais s’il est possible d’aider à soulager - ne serait-ce qu’un tout petit peu – la détresse et la misère du peuple haïtien, pourquoi ne pas le faire ?
http://
http:///
kharacho